Brésil : en état d'alerte face à la fièvre jaune

« Des files d'attente interminables dans les centres de vaccination, un nombre de morts qui augmente depuis plusieurs semaines: la fièvre jaune sème un vent de panique au Brésil, plus particulièrement dans l'État de Sao Paulo (sud), le plus peuplé du pays.


Les derniers chiffres officiels font état de 52 morts pour 134 cas recensés à Sao Paulo depuis le début de l'année, contre 16 décès pour 53 cas sur tout 2017. La ruée vers les vaccins a provoqué une rupture de stock inquiétante, alors que la maladie progressait dans les États voisins de Minas Gerais et de Rio de Janeiro, ce qui inquiète d'autant plus à l'approche du célèbre carnaval carioca, début février. Les services de santé de l'État de Rio ont confirmé la semaine dernière la mort de huit personnes depuis le début de l'année. Lors du premier semestre 2017, la maladie avait déjà atteint ces régions du sud-est du Brésil, et fait 261 morts, pour 777 personnes contaminées au niveau national. Pour contenir cette nouvelle poussée de fièvre jaune, le gouvernement fédéral a lancé une vaste campagne de vaccination de 21,8 millions de personnes.

 

Cette campagne a débuté jeudi dernier à Sao Paulo. Afin d'éviter le risque de pénurie, les trois quarts seront immunisés à l'aide de doses fractionnées, correspondant à un cinquième de la dose traditionnelle, mais apparemment efficaces sur une période de huit ans. L'État de Sao Paulo, qui rassemble 45 millions d'habitants, près d'un quart de la population du Brésil, a restreint le début de cette campagne aux zones considérées à risque. Mais de plus en plus de cas ont été constatés à proximité de zones urbaines, ce qui est beaucoup plus inhabituel. Le ministre de la Santé, Ricardo Barros, a démenti les risques de pénurie de vaccins, assurant à l'AFP la semaine dernière que "tous les Brésiliens pourraient être vaccinés sous 60 jours si nécessaire". Mais dans l'État de Sao Paulo, seule la population vivant dans des zones "à risques" peut se faire immuniser, les autorités distribuant des tickets au domicile des personnes ciblées par la campagne du gouvernement.

 

  • Singes émissaires 

 

Dans les autres dispensaires, des écriteaux avec le message "Il n'y a pas de vaccins" sont affichés. Les cliniques privées, qui ont vendu jusqu'à 200 réais (environ 51 euros) des doses, gratuites dans le service public, sont aussi en rupture de stock et ne devraient pas être réapprovisionnées avant fin février. "Nous sommes inquiets parce que nous n'avons pas réussi à nous faire vacciner", s'est émue Maria Pereira, secrétaire de 33 ans qui tentait d'obtenir une injection dans une clinique privée d'un quartier chic de Sao Paulo. Une ruée vers les vaccins avait déjà eu lieu en octobre, quand des singes étaient morts de fièvre jaune dans un parc au nord de la mégalopole pauliste.


Les morts de singes servent d'alerte: dans le "cycle forestier", observé actuellement au Brésil, les primates infectés sont piqués par des moustiques qui transmettent ensuite le virus aux êtres humains. Depuis ce vent de panique, de nombreux singes ont été tués dans le pays par des personnes pensant que ces animaux pouvaient transmettre directement la maladie. Dans l'État de Rio de Janeiro, sur les 131 singes retrouvés morts du 1er au 26 janvier, près de 69% ont été victimes d'agressions humaines, la plupart empoisonnés ou frappés à mort, selon les services sanitaires locaux. Une campagne intitulée #freemacaco (singes libres) a été lancée sur Facebook pour éviter de nouvelles attaques.

 

  • Cycle urbain redouté

 

Un autre type de fièvre jaune, relevant du "cycle urbain", est transmis d'homme à homme via le moustique Aedes Aegypti, aussi vecteur de la dengue, du Zika et du chikungunya. Il n'est plus observé au Brésil depuis 1942. La hausse de la mortalité et l'apparition de cas proches de zones urbaines préoccupent les habitants de la ville de Sao Paulo, mais les autorités nient toutefois toute possibilité de voir apparaître cette forme de la maladie. "Il n'y a aucun signe qui montre que cela pourrait arriver", affirme le ministre Ricardo Barros. André Siqueira, chercheur à l'Institut National de maladies Infectieuses (INI) de Rio de Janeiro, estime que "les autorités devraient s'inquiéter de ce problème", mais admet qu'il n'y a "toujours pas de preuves de transmission urbaine de la fièvre jaune" au Brésil ».

 

Source : AFP

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